
Il y a 200 ans, la tortue d’Hermann était encore très commune dans le sud de la France. On la trouvait de Menton à Port Vendres. Au début du siècle, elle était largement consommée avec sa voisine d’eau douce, la cistude d’Europe. Ces deux chéloniens faisaient partie, comme l’escargot, la loutre ou la grenouille, des espèces « ni chair ni poisson » que l’on pouvait manger le vendredi. Dans les couvents et les abbayes du Sud de la France, on élevait des tortues à des fins alimentaires. Il y a un siècle, les Provençaux mangeaient les tortues en bouillon quand ce n’était pas rôties sur un feu de bois.
Chassée du Languedoc-Roussillon par la démoustication et les aménagements touristiques, repoussée des Alpes-Maritimes et des Bouches-du-Rhône pour cause d’urbanisation, la tortue d’Hermann se trouva confinée au pied du massif des Maures. Dans les années 50, la tortue se trouvait en sécurité car les collines étaient débroussaillées par les troupeaux limitant ainsi l’importance des feux.
Vingt ans plus tard, tout est remis en question. Les troupeaux de chèvres et de moutons ne sont plus rentables et disparaissent. On abandonne les restanques, on délaisse les oliveraies et suberaies. Cistes, ronces, buissons envahissent le sous-bois, ce qui alimente de monstrueux incendies. La tortue a besoin d’un milieu semi-ouvert pour que ses œufs incubent au soleil. Son territoire diminue et les dernières clairières où elle peut pondre sont occupées par ses prédateurs comme le renard, blaireau, fouine qui exterminent ses œufs.
La tortue ne se reproduit que vers 12 ou 13 ans. Son audition est excellente. Elle avale de petits cailloux blancs qui lui servent de lest stomacal, d’apport en calcium et de cure minérale.
Elle peut retenir les spermatozoïdes pendant 5 ans dans les replis de la cavité utérine. En-dessous de 28°, la ponte ne donnera que des mâles, au-dessus de 30°, elle ne donnera que des femelles. Elle a un excellent sens de l’orientation. En cas d’accident, elle peut régénérer sa carapace jusqu’à 60%. L’hiver, lorsqu’il gèle, la carapace des tortues peut conserver les 5 degrés nécessaires à la survie de ses viscères.